Provinces maritimes
Quatre provinces atlantiques où l'on marche sur le fond marin à marée basse, où l'Acadie francophone tient ses festivals, et où Terre-Neuve garde un site viking de l'an 1000.
Les Provinces maritimes désignent les quatre provinces de l'Est atlantique canadien : la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador. C'est une région que peu de voyageurs francophones intègrent à un premier voyage au Canada, ce qui en fait justement son intérêt. Les paysages y sont façonnés par l'océan : falaises de grès rouge à l'Île-du-Prince-Édouard, plateaux boisés du Cap-Breton qui plongent dans l'Atlantique, baies fermées du Nouveau-Brunswick où la marée découvre des kilomètres de fond marin deux fois par jour.
La Cabot Trail, en Nouvelle-Écosse, est le tracé routier le plus connu de la région. Elle fait le tour du nord de l'île du Cap-Breton sur environ 300 kilomètres, alternant cols boisés et belvédères au-dessus du golfe du Saint-Laurent. À vouloir la parcourir en une journée, on passe à côté ; nous conseillons trois à quatre jours pour y intégrer des randonnées dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, dont le Skyline Trail, et une soirée musicale à Chéticamp ou Mabou, où la tradition celtique et acadienne reste vivante dans les pubs de village.
Le Nouveau-Brunswick concentre deux choses qu'on ne trouve pas ailleurs au Canada. D'abord la baie de Fundy, où l'amplitude des marées atteint 14 à 16 mètres, un phénomène lié à la résonance hydrodynamique de la baie. Au parc national de Fundy et à Hopewell Rocks, on marche sur le fond océanique à marée basse, puis on revient six heures plus tard voir l'eau recouvrir les rochers en forme de pots de fleurs. Ensuite l'Acadie, autour de Caraquet, Shippagan et de la péninsule acadienne, où vit une population francophone descendante des colons déportés en 1755. Le Village historique acadien reconstitue la vie des familles acadiennes du XVIIIe au XXe siècle, et le Festival acadien de Caraquet, mi-août, culmine avec le Tintamarre du 15 août.
L'Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province canadienne, tient en deux journées de route. On y vient pour ses dunes du parc national, ses villages de pêcheurs comme North Rustico, et pour Cavendish, où Lucy Maud Montgomery a situé Anne... la maison aux pignons verts. Les huîtres de Malpeque et les moules de Bedeque s'y mangent directement chez les producteurs. Le pont de la Confédération, long de 12,9 kilomètres, relie l'île au continent.
Terre-Neuve, à part. L'île est plus grande à elle seule que les trois autres provinces réunies, et culturellement distincte : un anglais teinté d'irlandais, un fuseau horaire décalé de 30 minutes, une histoire de pêche à la morue qui s'est effondrée en 1992. Le parc national du Gros-Morne, au patrimoine mondial de l'UNESCO, expose des roches du manteau terrestre dans les Tablelands. À L'Anse aux Meadows, à la pointe nord, se trouvent les vestiges du seul site viking authentifié en Amérique du Nord, occupé vers l'an 1000. Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français, se rejoint en ferry depuis Fortune.
Le climat est océanique, plus doux que dans l'intérieur du Canada. Étés autour de 20 à 24°C en journée, brouillards côtiers fréquents en juin et début juillet, automnes lumineux jusqu'à mi-octobre. L'économie reste largement liée à la mer : pêche au homard, élevage de moules, tourisme côtier. La densité de population est faible, les routes peu fréquentées, et le rythme de voyage tranche avec celui des grandes villes canadiennes.
À découvrir
La Cabot Trail au Cap-Breton. 300 kilomètres de route panoramique qui longe les falaises du nord de la Nouvelle-Écosse. Randonnée du Skyline Trail en fin de journée, quand les orignaux descendent dans les tourbières.
Marées de la baie de Fundy. Marcher sur le fond marin à Hopewell Rocks à marée basse, revenir six heures plus tard pour voir les rochers à moitié immergés. Amplitude jusqu'à 16 mètres, la plus forte mesurée au monde.
Péninsule acadienne et Caraquet. Village historique acadien, drapeaux étoilés sur les maisons en bord de mer, et soirée de chansons acadiennes dans un bar de Shippagan. Mi-août, le Tintamarre fait défiler tout le monde dans la rue avec casseroles et cuillères.
Site viking de L'Anse aux Meadows. À l'extrême nord de Terre-Neuve, les fondations en tourbe de campements scandinaves datés autour de l'an 1000. Reconstitutions habitées par des interprètes en costume, vent permanent du détroit de Belle-Isle.
Tablelands du parc du Gros-Morne. Plateau ocre où affleure la roche du manteau terrestre, normalement enfouie à 30 kilomètres de profondeur. Un des rares endroits au monde où l'on marche dessus, avec un géologue qui explique la tectonique des plaques.
Quand y aller
La saison de voyage utile va de mi-juin à mi-octobre. Juin reste frais (12 à 18°C) avec des brouillards côtiers fréquents, surtout en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Juillet et août offrent les conditions les plus stables, températures de 20 à 24°C en journée, eau de mer entre 16 et 20°C dans le golfe du Saint-Laurent, ce qui en fait les seules plages baignables du Canada atlantique. C'est aussi la haute saison des festivals acadiens et des marchés de homard. Septembre est notre période préférée : 15 à 22°C, peu de monde, début des couleurs d'automne dans les forêts du Cap-Breton et de Fundy.
Mi-octobre à mai, beaucoup d'hébergements de villages côtiers ferment, les ferries vers Terre-Neuve réduisent leurs rotations, et les tempêtes hivernales rendent la conduite délicate. L'hiver maritime n'est pas un hiver sec comme au Québec : il alterne neige, pluie et redoux, ce qui complique les activités de plein air. Nous ne recommandons pas la région entre novembre et avril, sauf demande spécifique autour de la culture acadienne ou des paysages côtiers déserts.
Conseils pratiques
Pour boucler une vraie traversée des quatre provinces, il faut compter douze à quinze jours, en raison des distances (Halifax à Saint-Jean de Terre-Neuve représente 1 600 kilomètres et un ferry de 16 heures) et de la traversée des frontières provinciales. Si le temps manque, nous conseillons de se concentrer sur deux provinces, par exemple Nouvelle-Écosse et Île-du-Prince-Édouard en dix jours, ou Nouveau-Brunswick acadien et Cap-Breton en huit jours. Terre-Neuve seule justifie dix à douze jours en raison de son éloignement et de ses distances internes.
Le point d'entrée logistique le plus simple est l'aéroport d'Halifax, bien desservi depuis Montréal, Toronto et certaines villes européennes en saison. Une combinaison naturelle se fait avec le Québec : remonter le Saint-Laurent depuis Gaspé jusqu'à Québec ou Montréal en fin de circuit. La combinaison avec l'Ontario ou les Rocheuses est possible mais demande un vol intérieur supplémentaire, à prévoir dès la planification. Le confort est celui de petites auberges, de gîtes en bord de mer et de quelques hôtels-boutiques à Halifax, Charlottetown ou Saint-Jean ; il n'y a pas de luxe ostentatoire dans les Maritimes. La région convient bien aux voyageurs contemplatifs, aux randonneurs modérés, aux amateurs de patrimoine maritime et aux familles avec adolescents. Les autoroutistes pressés y trouveront moins leur compte.

